Février 2026
On ne peut pas passer à côté. L’or a franchi le cap historique de 5 500 $ l’once fin janvier 2026, entraînant l’argent dans son sillage au-delà des 120 $. Depuis, les prix ont un peu soufflé, mais le métal jaune reste sur une trajectoire impressionnante. Alors, simple fièvre spéculative ou tendance de fond ? Et surtout — est-ce que ça vous concerne, vous, en tant qu’investisseuse ou investisseur ordinaire ?
On fait le point.
Pourquoi l’or s’est-il autant envolé ces dernières années ?
Derrière la hausse, plusieurs forces se conjuguent.
Les banques centrales font leurs emplettes. Depuis les sanctions imposées à la Russie en 2022, de nombreuses banques centrales ont décidé de réduire leur dépendance au dollar américain. Résultat : elles achètent de l’or massivement. La Banque nationale de Pologne, par exemple, vise désormais 700 tonnes dans ses coffres (elle en détient actuellement environ 550). Quand les grands acteurs institutionnels tirent dans le même sens, les prix suivent.
Le dollar s’est affaibli. Un dollar faible rend l’or moins cher pour les acheteurs non américains — ce qui booste la demande mondiale. En 2025, l’euro a atteint son plus haut niveau face au dollar depuis plus de trois ans, ce qui a clairement profité au métal précieux côté européen.
L’incertitude fait recette. Instabilité géopolitique, craintes économiques, doutes sur le rôle de valeur refuge du dollar… Dans ce contexte, l’or attire ceux qui cherchent à diversifier et à se protéger. C’est presque un réflexe historique.
L’accès s’est démocratisé. Fini le temps où il fallait stocker des lingots chez soi. Aujourd’hui, des produits financiers comme les ETPs (fonds adossés à l’or physique) permettent d’investir simplement, depuis son téléphone, à moindre coût.
Alors pourquoi les prix ont-ils plongé fin janvier ?
Bonne question. La montée avait été tellement rapide que le marché montrait des signes de surchauffe. Puis plusieurs événements se sont enchaînés : la nomination surprise de Kevin Warsh à la tête de la Fed (réputé plus restrictif sur les taux), des résultats décevants de Microsoft, une remontée du dollar… Certains investisseurs ont vendu leurs actifs les plus liquides — dont l’or — pour faire face à leurs besoins de trésorerie.
Ajoutez à cela des tensions sur le marché de l’argent physique à Londres, et vous obtenez une volatilité assez spectaculaire. Malgré tout, au 10 février 2026, les métaux précieux affichaient encore des gains positifs depuis le début de l’année. La correction a donc été forte, mais pas rédhibitoire.
L’or, c’est vraiment une protection en cas de crise ?
On entend souvent dire que l’or est une valeur refuge. C’est vrai… en partie.
Historiquement, la demande d’or s’est envolée lors des grandes crises : au début de la pandémie de Covid-19, puis lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans les deux cas, les investisseurs cherchaient un havre face à la volatilité des marchés actions.
L’or a aussi tendance à bien se comporter en période d’inflation élevée ou de stagflation. Sur les 50 dernières années, son prix a eu tendance à augmenter quand l’inflation était supérieure à la normale.
Mais attention : il n’existe aucune garantie. Le prix de l’or peut baisser — parfois de façon inattendue — et vous pouvez ne pas récupérer la totalité de votre mise. La notion de « valeur refuge » est une tendance historique, pas une promesse.
Est-ce que l’or est surévalué à ces niveaux ?
Honnêtement, difficile à dire — et c’est structurel. Contrairement à une action ou une obligation, l’or ne génère pas de revenus. Pas de dividendes, pas de coupons. Du coup, les méthodes d’évaluation classiques ne s’appliquent pas vraiment.
Ce qu’on peut dire, c’est que comparé à des matières premières comme le pétrole, l’or paraît élevé par rapport aux ratios historiques. Mais face à de nombreux actifs financiers, il ne semble pas particulièrement surévalué.
Et surtout : l’offre d’or est relativement stable dans le monde. C’est donc la demande qui fait fluctuer les prix — et même un petit mouvement d’investisseurs quittant les portefeuilles traditionnels pour l’or peut avoir un impact énorme sur le marché.
Est-ce un investissement éthique ?
C’est une vraie question, et elle mérite une réponse nuancée.
L’extraction minière consomme beaucoup d’énergie et impacte les écosystèmes locaux. Ça, c’est une réalité qu’on ne peut pas occulter. Mais le secteur s’organise pour améliorer ses pratiques : le Conseil mondial de l’or a lancé dès 2012 un standard contre le financement des conflits armés, et la London Bullion Market Association impose un programme d’approvisionnement responsable à tous les raffineurs. Un projet blockchain est même en test pour tracer l’or de la mine au consommateur final.
Sur le plan social, les mines — qui peuvent être en exploitation pendant plusieurs décennies — contribuent souvent au développement local : logements, infrastructures de transport, éducation, santé… Un apport non négligeable pour certaines économies émergentes.
Concrètement, comment investir dans l’or ?
Quelques options selon votre profil :
Les ETPs sur or physique sont probablement la solution la plus accessible. Vous achetez une part adossée à de l’or réel, sans avoir à gérer le stockage. Simple, liquide, et économique en termes de frais.
Les actions de sociétés minières offrent une exposition indirecte. Attention : leur cours amplifie généralement les mouvements du métal (à la hausse comme à la baisse), ce qui implique plus de volatilité. En contrepartie, elles versent des dividendes.
Les marchés régionaux comme celui du Royaume-Uni ont une exposition historiquement plus forte aux sociétés minières, ce qui peut créer une corrélation positive avec les prix des métaux.
Ce qu’il faut retenir
L’or reste une classe d’actifs à part, avec ses propres règles. Il peut apporter de la diversification, amortir les chocs en période de turbulences et offrir une certaine résistance à l’inflation. Mais il ne génère pas de revenus et peut être très volatile à court terme — comme on vient de le voir.
Si vous envisagez d’en intégrer dans votre portefeuille, pensez-y comme un outil de diversification, pas comme un pari tout-ou-rien. Et comme toujours : investissez seulement ce que vous êtes prêt(e) à immobiliser sur le long terme.






Laisser un commentaire