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Patrimoine : Comment les grandes familles fortunées traversent la crise ?

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Comment les grandes familles fortunées traversent la crise ? Éléments de réponses et analyses de Rémi Béguin, le responsable du baromètre annuel de l’AFFO, la référence des professionnels du métier de Family Office (mono family offices, multi family offices et experts : avocats, fiscalistes, notaires….

D’après votre dernier baromètre AFFO / Opinion Way, en 2019, les familles confirment leur appétence dans le private equity et l’immobilier d’investissement ?

Rémi Beguin : Dans les produits d’investissement les plus représentés dans les classes d’actifs des familles en 2019 restent en tête le private equity avec 21% (investissement directs 13% et via des fonds 8%), en hausse de 1 point pour les investissements directs et en baisse de 1 point via des fonds, par rapport à 2018 ; suivis de l’immobilier avec 18% (immobilier d’investissement 16% et pierre papier 2%), en hausse de 1 point pour l’immobilier d’investissement et stable pour la pierre papier. Viennent ensuite les actions cotées avec 17%, en hausse de 1 point, l’assurance-vie multi-support avec 13 % en hausse de 1 point et la trésorerie incluant le fonds en euros 12% en baisse de 1 point par rapport au 2018.

On observe une hausse de 3 points pour les actifs tangibles avec 7% (forêts, vignobles, foncier agricole, Or…), une baisse de 4 points pour la dette cotée et les produits de taux avec 3%. La philanthropie et la dette non cotée restent stable à 3% ainsi que les fonds alternatifs à 2%. Les investissements dans l’Art avec 1% sont en baisse de 1 point. A noter qu’en 2019, 77% des familles investissent dans des startups.

Et pour 2020, quels changement avez-vous constaté ?

Rémi Beguin : Pour l’année 2020, la grande majorité des personnes interrogées pensent que la part du private equity en investissements directs (78%) et via des fonds (69%) devrait augmenter, tout comme celle de la part de l’immobilier d’investissement (49%), et des autres actifs tangibles -Forêts, Vignoble, Foncier agricole, or…- (45% avec une hausse de 18 points par rapport à 2019). La part de la dette cotée et produits de taux devrait continuer à diminuer.

Mais l’année 2020 a été marqué par un événement exceptionnel sans précédent. En effet, depuis le 16 mars, la plupart des français sont en confinement et la France tourne au ralenti. La plupart des sociétés de conseil et notamment des family offices s’est organisée en télétravail. Une situation qui devrait perdurer puisque le déconfinement qui a commencé le 11 mai devrait se faire de façon prudente et progressive.

 Alors justement quelles sont les préoccupations des family offices face à cette crise ?

Rémi Beguin : La première préoccupation des family officers est d’accompagner leurs familles et d’assurer l’ensemble des services sur lesquels ils ont bâtis une relation de proximité et de confiance.
Le télétravail a été rapidement mis en place pour beaucoup de sociétés. Mais il a fallu aussi sécuriser leurs données pour préserver la confidentialité des familles qui est clef dans ce secteur d’activité.
Il a été constaté que les relations avec les familles n’ont pas vraiment changé et que les rendez-vous ont été maintenus mais par visioconférence.

La faisabilité des opérations en cours a été immédiatement vérifiée pour assurer une continuité.  On peut constater qu’il y a eu peu d’annulation, quelques reports en fonction de l’évolution de la situation (prises de participations, refinancements, projets capex…etc).

Priorité pour tous, les family officers ont immédiatement réalisées des vérifications complémentaires afin de s’assurer que toutes les dispositions nécessaires étaient bien en place pour la gestion des familles et surtout pour les dirigeants les plus âgés et donc plus exposées à la maladie.

La profession va être confrontée au problème des délais. Par exemple, dans le cas d’une famille impliquée dans des opérations liées à un « schéma d’organisation familiale ». Compte tenu de la situation, ces opérations peuvent prendre du retard, car plus longues à réaliser, rendant difficile le respect de délais. (Ex : limite d’âge).

Et en matière d’investissements ?

Rémi Beguin : Il y a eu peu de panique chez les familles qui attendent le bon timing de réinvestissement.
Les family offices sont régulièrement en contact avec les gérants d’actifs des familles, afin de présenter des scénarios argumentés et réfléchis. Les family offices recommandent surtout à leurs familles de rester prudentes et patientes. Ils étudient activement toutes propositions, conscients qu’il y a des opportunités à saisir, mais sans se précipiter.
Malgré la volatilité qui perdure et l’absence de visibilité sur la situation économique post confinement, un réinvestissement graduel dans des valeurs solides reste probablement une stratégie pertinente.

Sur le non coté, il est encore trop tôt pour mesurer l’ampleur des conséquences, mais il est certain qu’elles seront importantes. Pour autant, l’appétit pour le private equity et l’immobilier ne devrait pas se démentir dans les prochains mois : leur caractère tangible fait leur force et la volatilité des marchés financiers est souvent un important catalyseur qui alimente de tels arbitrages. Il est encore bien difficile de mesurer l’impact de cette crise et de connaitre ses répercussions dans les mois à venir. Les family offices restent confiants, pour l’instant leur activité ne ralentit pas.

Pour les familles, Il est aussi difficile de mesurer l’impact de cette crise qui sera certainement lourde d’un point de vue économique et financier. Elles restent donc prudentes et ouvertes aux opportunités.

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