Le réservoir plein qui pique, le ticket de TGV qu’on relit deux fois, le rayon fruits et légumes qu’on traverse plus vite : tout le monde sent que quelque chose a changé en dix ans. Les chiffres confirment l’intuition. Entre 2016 et 2026, certains produits du quotidien ont vu leur prix grimper bien au-delà de l’inflation officielle de 22 %. Le blog Radin Malin a comparé une trentaine de prix réels, sources INSEE à l’appui. Voici le palmarès.
Le gazole, champion toutes catégories devant le TGV et l’électricité
Le grand gagnant, c’est le gazole. Le litre est passé de 1,20 € en 2016 à 2,14 € en 2026, soit une hausse de 72 % en dix ans, plus de trois fois l’inflation générale. L’essence SP95 suit avec 46,3 % de progression, à 2,07 € le litre. La voiture devient un poste qui ronge le budget d’une façon dont on n’avait plus l’habitude depuis les chocs pétroliers.
Le deuxième podium revient au transport ferroviaire. Le billet TGV Paris-Marseille, vendu 50 € en 2016, se négocie désormais à 75 € en moyenne, +50 % en dix ans. La hausse s’est faite discrètement, sans grande manifestation, par petits crans tarifaires. Mais le résultat est là, et il pèse sur les budgets vacances comme sur les trajets professionnels.
L’électricité complète ce trio de tête des charges contraintes. Pour un ménage de deux personnes consommant 400 kWh par mois au tarif réglementé EDF, la facture est passée de 93,55 € à 116,29 € mensuels, soit +24,3 %. Le chèque énergie, désormais envoyé automatiquement chaque avril selon les revenus, peut atteindre 277 € par an et compense partiellement le choc pour les foyers modestes.
Côté alimentation, la surprise vient des tomates : +58,9 % en dix ans. Le kilo qui valait 3,24 € en 2016 s’affiche aujourd’hui à 5,14 €. Le café moulu (+28,7 %), le chocolat noir (+24 %) et la limonade (+24,9 %) suivent la même pente, plus douce mais continue. Même le kebab, baromètre populaire s’il en est, est passé de 6,25 € à 8,50 € selon les relevés Radin Malin, +28 %.
Les hausses invisibles qui pèsent autant que les autres
L’autre découverte du palmarès, ce sont les hausses qu’on ne remarque pas, parce qu’elles arrivent une fois par an dans une enveloppe. L’assurance auto a bondi de 27,8 % sur la période, soit en moyenne 14 € de plus par mois. La mutuelle santé suit à +19,7 %. L’assistante maternelle, dont le salaire net horaire est passé de 3,38 € à 4,51 €, affiche +33,4 %, une hausse rarement mise en avant mais qui change concrètement le budget des jeunes parents.
Le loyer, lui, est le poste massif et sourd qui domine tous les autres. Selon l’indice de référence des loyers de l’INSEE, il a progressé de 10,8 % entre 2016 et 2026, avec une accélération récente de 2,5 % sur un an. En 2020, les locataires consacraient déjà 25,2 % de leur budget au logement ; chez les locataires du privé à faibles revenus, le taux d’effort atteint 44,7 % en 2022. Près de la moitié du revenu, juste pour avoir un toit.
Mis bout à bout, ces chiffres expliquent l’écart entre l’inflation officielle et l’inflation ressentie. Sur le papier, le SMIC a progressé de 26,5 % en dix ans, passant de 1 141 € à 1 443 € net. Mais comme sa revalorisation est calée sur les dépenses des ménages les plus modestes, c’est-à-dire précisément le logement, l’alimentation et l’énergie, le gain réel est largement absorbé. Pour les salariés du privé, la statistique INSEE est sans appel : une fois l’inflation déduite, le salaire net moyen n’a progressé que de 2,2 % entre 2016 et 2024. Les cadres font moins bien encore, avec un recul de près de 5 % en pouvoir d’achat réel sur la même période.
Une note positive pour finir : le forfait téléphonique, lui, a baissé de 18,5 % en dix ans. Preuve que la concurrence, quand elle joue à plein, finit par profiter au consommateur. Encore faut-il prendre le temps de comparer.
Sources : Radin Malin (mai 2026), INSEE (séries de prix, IRL, SMIC, salaires), Que Choisir (carte des carburants), data.gouv.fr (historique des tarifs réglementés EDF), DGCCRF, CGDD/SDES.
Le billet TGV Paris-Marseille est passé de 50 € à 75 € en moyenne sur dix ans, soit une hausse de 50 %. La progression s’est faite par petits paliers tarifaires successifs, ce qui la rend moins visible que celle des carburants, mais elle pèse fortement sur les budgets vacances et déplacements professionnels.
L’inflation officielle mesurée par l’INSEE atteint environ 22 % sur dix ans. Cette moyenne lisse cependant des réalités très contrastées : certains postes comme le téléphone ont baissé, tandis que d’autres comme le carburant ou les tomates ont explosé. L’inflation ressentie par les ménages modestes est généralement plus élevée que l’inflation officielle, parce que leurs dépenses se concentrent sur les postes qui ont le plus augmenté.
Le SMIC est passé de 1 141 € net en 2016 à 1 443 € net en janvier 2026, soit une progression de 26,5 %, légèrement supérieure à l’inflation officielle. Mais sa revalorisation est calée sur les dépenses des 20 % de ménages les plus modestes, c’est-à-dire principalement le logement, l’alimentation et l’énergie. Or ce sont précisément les postes qui ont le plus flambé, ce qui réduit le gain réel.
Les tomates affichent la hausse la plus spectaculaire avec 58,9 % en dix ans, le kilo passant de 3,24 € à 5,14 €. Suivent le café moulu (+28,7 %), la limonade (+24,9 %), le chocolat noir (+24 %) et les œufs plein air (+23 %). À l’inverse, les pommes n’ont progressé que de 10,2 %, et l’huile d’olive de 13,7 %, sous l’effet de récoltes irrégulières en Europe du Sud mais d’une demande contenue.
Selon l’indice de référence des loyers (IRL) publié par l’INSEE, les loyers ont progressé de 10,8 % entre janvier 2016 et janvier 2026, avec une accélération récente de 2,5 % sur un an. L’IRL encadre la hausse annuelle que peut appliquer un propriétaire bailleur, ce qui explique une progression plus modérée que celle du marché libre observé en cas de relocation.
Oui, le forfait téléphonique mobile fait figure d’exception : il a baissé de 18,5 % en dix ans grâce à la pression concurrentielle entre opérateurs. C’est aujourd’hui l’un des rares postes du budget où un simple changement de fournisseur peut générer des économies immédiates et durables.
Trois leviers ressortent des données. D’abord, comparer chaque année son assurance auto et sa mutuelle, deux postes qui ont progressé de 27,8 % et 19,7 % sans que la qualité de service ait évolué d’autant. Ensuite, optimiser sa facture d’électricité en sortant éventuellement du tarif réglementé EDF et en vérifiant son éligibilité au chèque énergie, qui peut atteindre 277 € par an. Enfin, sur l’alimentation, privilégier les marques distributeurs et les enseignes les moins chères, qui permettent de réduire le panier de 15 à 25 % à qualité comparable.
