L’industrie du cannabis fait-elle encore délirer les investisseurs ?

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L’industrie du cannabis devrait offrir de grandes opportunités de croissance dans les cinq prochaines années, même si les risques associés à ces opportunités sont importants. Analyse de Peter Garnry, Directeur de la stratégie Actions de Saxo Bank.

 

Le secteur peine à générer des flux de trésorerie disponibles, ce qui accroît les risques liés au refinancement de sa croissance et de ses opérations. L’usage récréatif devrait s’imposer comme le principal moteur de croissance, mais cela se traduira par des risques réglementaires supplémentaires, car le cannabis était initialement destiné à un usage médical. De plus, l’industrie a connu une année 2019 difficile, avec un affaiblissement des fondamentaux de marché entraînant une baisse des actions et une hausse de la probabilité de faillites.

En 2020, l’objectif principal sera de déterminer si l’industrie peut connaître une croissance rentable.

De la fumée sans feu ?

Fin janvier 2020, les entreprises cotées du secteur du cannabis, représentées par l’indice S&P/MX International Cannabis, affichaient une capitalisation boursière totale de 27,6 milliards de dollars. Les cinq plus grandes entreprises du secteur sont Canopy Growth, GW Pharmaceuticals, Cronos Group, Arena Pharmaceuticals et Aurora Cannabis. L’indice comprend 22 sociétés, dont les revenus combinés des 12 derniers mois s’élèvent à 2,5 milliards de dollars. En revanche, ce chiffre d’affaires se concentre principalement sur quelques sociétés.

Le principal problème du secteur est celui du manque de rentabilité dans un contexte de forte croissance : les entreprises composant l’indice ont vu leur trésorerie fondre de 3,2 milliards de dollars au cours des douze derniers mois. Le consensus s’attend à une accélération des dépréciations des écarts d’acquisition au T4. En effet, les valeurs d’acquisition passées ne correspondent plus aux faibles fondamentaux de marché observés au Canada au second semestre. Certaines entreprises affichent des ratios d’écarts d’acquisition à l’actif supérieurs à 50 %, et quelques-unes affichent même des ratios autour des 20 %, ce qui rend les bilans des entreprises du secteur vulnérables.

Les craintes de faillite de certaines entreprises, combinées à un important flux de trésorerie disponible négatif, signifient que le secteur est confronté à un problème de refinancement important et récurrent. En effet, les actions de l’industrie ont chuté de 55 % depuis septembre 2018 et les banques traditionnelles sont de moins en moins enclines à accorder des financements, ce qui oblige les actionnaires à accroître la part du financement sur fonds propres. Cette chute des actions met également en lumière la nature hautement risquée du secteur, malgré la croissance rapide de ses chiffres d’affaires.

Le cannabis récréatif attise les flammes

L’industrie du cannabis connaît une croissance sans précédent et cette tendance devrait se poursuivre en 2020. Le marché légal du cannabis au Canada devrait croître de 50 % pour atteindre environ 1,7 milliard de dollars, grâce à l’augmentation du nombre de points de vente de produits à base de cannabis ou destinés à la consommation de cannabis (consommables, boissons et vapoteuses). Il y a fort à parier que le cannabis récréatif sera le principal moteur de la croissance du secteur dans les prochaines années, mais l’industrie devra faire face à un renforcement des réglementations visant à protéger les consommateurs.

Néanmoins, en nous basant sur les projections de Bloomberg Intelligence, nous pensons que la croissance se poursuivra sur un rythme élevé dans les prochaines années et qu’il y aura une augmentation du nombre de restructurations, qui servira à éliminer les entreprises fragiles du secteur. Il y aura certainement plus de souffrance avant que l’industrie ne se consolide pour favoriser l’émergence d’acteurs plus importants, dotés d’avantages opérationnels qui leur permettront d’améliorer leurs marges d’exploitation. Jusqu’à présent, la réglementation s’est révélée très favorable au secteur, mais la situation pourrait changer dans les prochaines années, avec l’essor du cannabis récréatif. Nous pensons que le secteur restera hautement volatil pendant plusieurs années.

Croissance sur fond de volatilité et de risques

Depuis son lancement en septembre 2018, l’indice du secteur du cannabis affiche une volatilité annualisée de 45,6 %, soit trois fois supérieur à celui du S&P 500 (15,1 %). La corrélation avec le S&P 500 est de 0,11 seulement, ce qui montre que le secteur ne dépend pas des facteurs macroéconomiques, mais de facteurs de risques idiosyncratiques. Cela montre également l’intérêt du nouveau contrat à terme sur l’indice du cannabis créé par Saxo Bank, car le S&P 500 ou tout autre indice constituerait un instrument de couverture adapté.

Les facteurs de risque idiosyncratiques auxquels est confrontée l’industrie du cannabis sont les hauts niveaux d’endettement de certaines entreprises ainsi que les nouvelles réglementations résultant de l’augmentation de l’usage récréatif du cannabis. En outre, les dépréciations sur écarts d’acquisition et les valorisations très élevées provoquent de fortes baisses des cours des actions durant les périodes de publication de résultats, ce qui permet d’expliquer les hauts niveaux de volatilité qui rendent difficile tout investissement sur le long terme.

*Selon Kenneth Shea, analyste sénior (Food&Beverage) pour Bloomberg Intelligence