Près d’un Français sur deux détient un crédit à la consommation. Loin du cliché de l’emprunteur en difficulté, le profil type est cadre, épargnant… et propriétaire. Décryptage d’une pratique financière devenue mainstream, chiffres à l’appui.
42 %. C’est la part des Français qui ont au moins un crédit à la consommation en cours en 2026, selon la grande enquête Cofidis x CSA Research publiée en mars. Un record depuis 2020, en hausse de 2 points par rapport à l’année dernière. Le montant moyen emprunté ? 15 460 €, en léger recul de 266 € sur un an.
Ces chiffres racontent une histoire que personne n’avait vraiment anticipée : le crédit à la consommation n’est plus le dernier recours des fins de mois difficiles. C’est devenu un outil stratégique, utilisé par des gens qui gèrent plutôt bien leur argent.
Le portrait-robot du détenteur va vous surprendre
Oubliez les idées reçues. Le détenteur type d’un crédit conso en 2026, c’est presque autant un homme (52 %) qu’une femme (48 %), en couple (71 %), et surtout : il est loin d’être en galère financière. 39 % des détenteurs appartiennent aux catégories socioprofessionnelles supérieures — cadres, professions libérales, dirigeants.
Encore plus frappant : les CSP+ sont ceux qui souscrivent le plus. 51 % des cadres et professions supérieures détiennent un crédit conso, contre 42 % pour la moyenne nationale. Et 43 % d’entre eux envisagent d’en reprendre un prochainement.
L’autre stat qui casse les clichés : 80 % des détenteurs possèdent aussi un livret A, 34 % un plan épargne retraite, et 60 % sont propriétaires de leur logement. On est loin du consommateur surendetté. On est face à des gens qui arbitrent, qui calculent, qui utilisent le crédit comme un levier parmi d’autres dans leur stratégie financière.
Pouvoir d’achat : le tournant de 2026
Et voilà un signal faible qui pourrait devenir un signal fort : pour la première fois depuis 2012, la part des Français estimant leur pouvoir d’achat « élevé » (23 %) dépasse celle de ceux qui le jugent « faible » (20 %). Entre les deux, 57 % le considèrent « correct » (+3 points vs 2024).
Côté autoperception, 89 % des Français se disent « bons gestionnaires » de leurs finances — un chiffre en hausse constante. On est dans une dynamique de confiance, pas de panique.
L’achat de voiture reste le motif numéro un
Pourquoi les Français souscrivent-ils un crédit conso ? La réponse tient en un mot : projets. 62 % des sondés considèrent le crédit à la consommation comme utile pour financer un projet de vie, bien avant la gestion du budget au quotidien.
Dans le détail, le premier motif de souscription reste l’achat d’un véhicule (36 %), suivi par les travaux de rénovation du logement (27 %), les dépenses imprévues (18 %), l’électroménager et le high-tech (17 %), et enfin les dépenses courantes (13 %).
Côté automobile, le thermique d’occasion domine (41 % des acheteurs), talonné par le thermique neuf (40 %). L’électrique neuf représente 26 % des achats financés par crédit conso — un chiffre qui progresse —, tandis que l’électrique d’occasion reste marginal à 5 %.
Prêt perso, LOA, paiement fractionné : qui gagne ?
Le crédit le plus répandu reste le bon vieux prêt personnel, détenu par 52 % des emprunteurs, le plus souvent souscrit auprès d’une banque. Derrière, on retrouve le crédit renouvelable (27 %), la LOA (24 %) et le paiement fractionné (19 %).
À propos du paiement fractionné justement : il s’installe durablement dans les habitudes. 52 % des consommateurs l’utilisent (+2 points), principalement via le 3-4 fois par CB (32 % des répondants l’ont utilisé dans l’année). Le montant moyen engagé est de 781 €, en hausse de 62 €. Et chez les jeunes, le taux d’utilisation grimpe à 71 %.
Les facilités de paiement servent surtout à financer l’électroménager (32 %), l’achat d’un véhicule neuf (21 %) et les travaux de rénovation énergétique (20 %).
Des emprunteurs qui remboursent sereinement
Autre enseignement clé de cette enquête : le crédit conso est loin de plomber le moral de ceux qui le contractent. 89 % des souscripteurs se déclarent sereins quant au remboursement de leurs mensualités. Et 81 % affirment rembourser sans aucun problème.
Mieux : 42 % des détenteurs disent faire davantage attention à leurs dépenses depuis qu’ils ont souscrit un crédit (+4 points). Chez les jeunes, cette proportion monte à 53 %. Autrement dit, le crédit les responsabilise plus qu’il ne les fragilise.
Le contexte économique pèse tout de même dans la balance : 67 % des souscripteurs reconnaissent que la hausse des prix a influencé leur décision de contracter un crédit ou d’utiliser une facilité de paiement (+6 points sur un an).
La carte de France du crédit conso : des écarts impressionnants
Toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. L’Île-de-France (49 %), les Hauts-de-France (48 %) et le Centre-Val de Loire (44 %) sont les régions où le crédit conso est le plus répandu. À l’inverse, la Bretagne (34 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (36 %) ferment la marche.
Mais c’est sur les montants que les écarts sont les plus spectaculaires. Le Centre-Val de Loire affiche un montant moyen emprunté de 24 000 €, loin devant toutes les autres régions. À l’opposé, les Hauts-de-France ne dépassent pas 9 000 € de moyenne — soit presque trois fois moins.
Les motifs de souscription varient aussi selon les territoires. L’achat auto est massivement cité en Bretagne (49 %), tandis que l’Île-de-France (31 %) et la Bourgogne-Franche-Comté (41 %) privilégient les travaux de rénovation. La région PACA & Corse se distingue par un recours plus marqué au crédit pour l’électroménager et le high-tech (33 %).
Côté confiance financière, ce sont les habitants de Bourgogne-Franche-Comté, du Grand Est, de Normandie et du Centre-Val de Loire (entre 93 et 94 %) qui se considèrent comme les meilleurs gestionnaires. La région PACA & Corse est la moins confiante (81 %).
Ce qu’il faut retenir
Le crédit à la consommation a changé de visage. Il n’est plus subi, il est choisi. Ses détenteurs sont informés, souvent bien lotis financièrement, et gèrent leur remboursement avec sérénité. Pour la première fois depuis plus d’une décennie, le sentiment de pouvoir d’achat s’améliore. Et le crédit conso s’inscrit de plus en plus dans une logique de projet — acheter une voiture, rénover son logement, s’équiper — plutôt que dans une logique de survie budgétaire.
Est-ce que ça veut dire que tout est rose ? Non, évidemment. L’inflation continue d’influencer les décisions de souscription, et le paiement fractionné, en se banalisant, brouille parfois la frontière entre achat réfléchi et achat impulsif. Mais les chiffres sont clairs : les Français empruntent mieux qu’on ne le croit.
Source : enquête Cofidis x CSA Research, mars 2026. Échantillon de 2 020 Français représentatif de la population nationale, âgés de 18 ans et plus.
Mis à jour en mai 2026.