Pierre & Vacances-Center Parcs : la résurrection spectaculaire du géant du tourisme français

De la quasi-faillite à près de 2 milliards de chiffre d’affaires, Pierre & Vacances-Center Parcs, le numéro un européen des résidences de loisirs a opéré l’un des retournements les plus impressionnants du paysage économique français. Retour sur une renaissance qui attire désormais les convoitises du Moyen-Orient.


Il y a à peine quatre ans, le nom de Pierre & Vacances-Center Parcs était associé à un naufrage annoncé. Endetté à hauteur d’un milliard d’euros fin 2021, plombé par treize exercices déficitaires consécutifs et ravagé par une perte de chiffre d’affaires liée à la pandémie estimée à 800 millions d’euros, le groupe fondé par Gérard Brémond en 1967 semblait condamné. Aujourd’hui, c’est une tout autre histoire. Avec 1,87 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2024/2025, un bénéfice net de 33,5 millions d’euros — positif pour la deuxième année consécutive — et un EBITDA ajusté de 181 millions d’euros, le leader européen des résidences de loisirs affiche une santé insolente. Mieux : un fonds souverain d’Abu Dhabi, Mubadala Capital, serait prêt à débourser près d’un milliard d’euros pour en prendre le contrôle. Comment expliquer un tel retournement ?

Pierre & Vacances-Center Parcs au bord du gouffre

L’histoire du déclin ne date pas du Covid. Dès 2011-2012, les déficits d’exploitation deviennent récurrents chez Pierre & Vacances. Le groupe accumule les projets hasardeux : développement avorté en Chine avec le groupe HNA, mégaprojet de l’Oasis de Noria au Maroc abandonné, Center Parcs de Roybon enlisé dans les contentieux environnementaux. Entre 2009 et 2019, malgré 14,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé, le résultat net cumulé affiche un déficit de 232 millions d’euros. Les fonds propres se contractent de 240 millions et la dette grimpe de 169 millions d’euros (source : lettre ouverte des propriétaires de cottages, L’Écho touristique, mars 2021). La publication des comptes 2019-2020 révèle 133 millions d’euros passés en pertes et profits, dont 61,4 millions au titre des abandons de projets.

Puis le Covid frappe. Fermetures prolongées, résidences vides, loyers impayés aux propriétaires-bailleurs. Le 29 janvier 2021, Pierre & Vacances demande l’ouverture d’une procédure de conciliation. L’entreprise est au bord du précipice. En Bourse, l’action dégringole : entre 2017 et octobre 2022, le titre perd 86 % de sa valeur, touchant un plus bas historique à 0,76 euro le 17 octobre 2022.

L’opération de la dernière chance pour Pierre & Vacances-Center Parcs

Le sauvetage prend forme le 10 mars 2022. Pierre & Vacances conclut un accord avec trois investisseurs — Alcentra, Fidera et Atream — et ses principaux créanciers. L’opération est d’une ampleur considérable : 200 millions d’euros de fonds propres sont injectés via une augmentation de capital réservée, tandis que près de 552 millions d’euros de dette sont convertis en capital. La restructuration englobe un prêt garanti par l’État (PGE) de 240 millions ramené à 215 millions, 129 millions de dette obligataire, 98 millions de dette Ornane et 110 millions de dette bancaire non sécurisée.

Le plan de sauvegarde accélérée, validé par le Tribunal de commerce de Paris le 29 juillet 2022, divise par trois l’endettement brut du groupe. Mais il y a un prix : le fondateur Gérard Brémond, qui détenait 49,6 % du capital via sa holding familiale Siti, voit sa participation diluée à moins de 10,8 %. Après 55 ans aux commandes, il devient simple « conseiller stratégique ». Alcentra et Fidera se partagent désormais environ 50 % du capital. L’ère Brémond est terminée.

L’homme du renouveau de Pierre & Vacances-Center Parcs : Franck Gervais

Arrivé en janvier 2021 en pleine tempête, Franck Gervais, 49 ans, polytechnicien passé par la SNCF, Eiffage et Accor (où il était patron Europe), va se révéler l’artisan de la transformation. Dès mai 2021, il dévoile son plan stratégique « Réinvention 2025 », articulé autour de trois piliers : montée en gamme radicale de l’offre, bascule vers une expérience « 100 % expérientielle » et développement responsable.

Le programme est ambitieux : rénovation de l’ensemble des domaines Center Parcs et résidences Pierre & Vacances, repositionnement vers le tourisme de proximité et bascule vers un modèle « asset light » privilégiant la gestion et la franchise plutôt que la détention d’actifs immobiliers. Le tout accompagné d’une cure de réduction des coûts qui génère 77 millions d’euros d’économies cumulées depuis 2022 (source : communiqué résultats annuels 2024/2025, Pierre & Vacances, décembre 2025).

Les résultats ne se font pas attendre. Dès l’exercice 2021/2022, le chiffre d’affaires atteint 1,16 milliard d’euros sur neuf mois, en hausse de 131 % par rapport à l’exercice précédent et supérieur aux niveaux d’avant-crise. L’EBITDA ajusté remonte à 105 millions d’euros. Sur l’exercice suivant, l’activité touristique progresse encore de 19,4 % au premier trimestre (source : L’Écho touristique, janvier 2023).

Des chiffres qui parlent

La trajectoire ascendante se poursuit sans interruption. En 2023/2024, le groupe renoue avec le bénéfice net — 27,5 millions d’euros — pour la première fois depuis treize ans (hors l’exercice 2022 marqué par le gain comptable exceptionnel de la restructuration).

Sur l’exercice 2024/2025 clos au 30 septembre, les performances franchissent un nouveau palier :

Chiffre d’affaires : 1 866,6 millions d’euros en normes IFRS, soit 1,95 milliard en chiffre d’affaires économique, en croissance de 2,7 % (source : communiqué Pierre & Vacances, 23 octobre 2025)

EBITDA ajusté : 181 millions d’euros, contre 174,3 millions un an plus tôt (source : résultats annuels Pierre & Vacances, décembre 2025)

Résultat net : 33,5 millions d’euros, en hausse de 21 %.

Trésorerie opérationnelle : 74 millions d’euros générés, contre 68 millions l’année précédente.

Toutes les marques sont en croissance : Center Parcs progresse de 3 %, Pierre & Vacances de 3,6 %, Adagio de 3,9 % et Maeva, la plateforme de distribution, bondit de 11,1 % (source : L’Écho touristique, 24 octobre 2025 ; La Tribune de l’Hôtellerie, décembre 2025). Le groupe emploie 13 000 collaborateurs et exploite 330 sites en Europe.

Le camping, nouveau terrain de conquête

Parmi les leviers de croissance les plus originaux du groupe, il y a celui du camping. Le 5 janvier 2026, Maeva, filiale de Pierre & Vacances-Center Parcs, annonce l’acquisition de 5C Développement, filiale du groupe Néocamp, propriétaire des franchises Camping Paradis et Ushuaïa Villages. Le montant de l’opération n’est pas communiqué.

Avec cette opération, Maeva devient le premier franchiseur de l’hôtellerie de plein air en France, avec plus de 150 campings indépendants sous son égide. L’opération s’inscrit dans une série d’acquisitions : rachat de la marque Vacansoleil en octobre 2023 après la faillite du voyagiste néerlandais, puis acquisition de Parcel Tiny House, spécialiste des hébergements agro-touristiques, en octobre 2025.

La franchise Camping Paradis, née en 2020 de la célèbre série télévisée diffusée sur TF1 et produite par JLA Productions, s’est imposée en cinq ans comme une marque de référence du secteur, avec une notoriété déclarée supérieure à 91 % auprès des Français. Elle vient d’être élue pour la troisième fois consécutive « Marque Préférée des Français » dans la catégorie camping, selon un sondage OpinionWay réalisé du 8 au 10 octobre 2025 auprès d’un échantillon de 1 017 personnes (source : communiqué Camping Paradis, 23 février 2026). En 2025, les établissements Camping Paradis ont accueilli plus d’un million de vacanciers.

Pour Maeva, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 80,7 millions d’euros sur l’exercice 2024-2025 (+11,1 %), cette diversification dans le plein air répond à une tendance de fond du marché touristique français.

Un milliard d’euros sur la table

Mais le véritable tournant de 2026 pourrait être capitalistique. En juin 2025, le conseil d’administration lance officiellement une « revue des options stratégiques ». Les fonds de restructuration Alcentra et Fidera, qui détiennent ensemble environ 50 % du capital, considèrent leur mission accomplie. « Les trois sont ouverts à la sortie. Cela dépendra des conditions », a confirmé Georges Sampeur, le président du conseil d’administration, en décembre 2025 (source : Les Échos, repris par TCMA Conseil, 4 décembre 2025). « On n’est plus la proie des vautours, on est désormais la proie des aigles », a-t-il ajouté.

Selon le site L’Informé (20 janvier 2026), les négociations seraient à un stade avancé avec Mubadala Capital, filiale du fonds souverain d’Abu Dhabi. L’offre se chiffrerait à un peu moins d’un milliard d’euros. Trois candidats à la reprise auraient formulé une offre non engageante, avec une sélection attendue au premier semestre 2026 (source : Les Échos, janvier 2026).

Le groupe vise désormais 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une marge d’EBITDA de 11 % à l’horizon 2030, soit environ 270 millions d’euros. Un plan soutenu par 600 millions d’euros d’investissements sur cinq ans, incluant l’extension de Villages Nature Paris, l’ouverture du Center Parcs Nordborg Resort au Danemark — son trentième domaine et premier parc en Scandinavie — et la rénovation intégrale du domaine des Hauts de Bruyères (65 millions d’euros investis sur 720 cottages) (source : communiqué résultats annuels PVCP, octobre et décembre 2025).

Un parcours à méditer

L’histoire de Pierre & Vacances-Center Parcs est celle d’un groupe qui a frôlé la mort clinique et qui, en l’espace de trois ans, a réussi un redressement que peu d’observateurs osaient imaginer. Restructuration financière massive, renouvellement complet de la gouvernance, transformation stratégique en profondeur, discipline de coûts implacable : tous les ingrédients d’un retournement réussi étaient réunis.

Reste une inconnue de taille : l’identité du futur propriétaire. Si Mubadala l’emporte, Pierre & Vacances passerait sous pavillon émirati. Une perspective qui ne manquera pas de susciter le débat dans un pays où le tourisme de proximité est devenu un totem post-Covid. Franck Gervais, lui, garde le cap. Son contrat est clair : mener le groupe vers ses objectifs 2030, quel que soit l’actionnaire. L’exercice 2025/2026 s’annonce comme une année charnière, avec un EBITDA ajusté attendu à 185 millions d’euros malgré un impact fiscal de 21 millions lié à la hausse de la TVA aux Pays-Bas.

De quoi transformer l’essai d’une résurrection qui, décidément, ne doit rien au hasard.

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