Épargne salariale : comment choisir ses fonds quand on ne peut pas changer d’avis ?

19 février 2026

Imaginez que vous deviez choisir aujourd’hui la voiture que vous conduirez pendant les cinq prochaines années, sans pouvoir en changer. Vous regarderiez autre chose que le prix affiché en concession, non ? Vous voudriez savoir si elle tombe souvent en panne, comment elle se comporte en hiver, si elle résiste dans le temps.

C’est exactement le raisonnement à avoir avec votre épargne salariale. Chaque printemps, quand vous recevez votre prime d’intéressement ou de participation, vous choisissez des fonds dans lesquels votre argent sera bloqué au minimum 5 ans. Pourtant, la plupart des salariés se contentent de regarder la performance de l’année écoulée. Une erreur qui peut coûter cher.

Le piège du « bon fonds l’an dernier » pour votre épargne salariale

Un fonds qui a fait +25 % en 2025 vous fait de l’œil ? C’est humain. Mais cette logique oublie l’essentiel : vous n’êtes pas là pour un an, vous êtes là pour cinq. Et sur cinq ans, tout peut arriver : une pandémie, une guerre, une crise des taux.

Ce qu’il faut vraiment regarder, c’est la régularité d’un fonds dans le temps. Pour ça, il existe un indicateur méconnu mais très parlant : la fréquence de gain. C’est simplement le pourcentage de périodes durant lesquelles un fonds a affiché une performance positive. Un fonds positif 8 années sur 10 affiche une fréquence de gain de 80 %.

Deux fonds, même performance finale sur 5 ans. Le premier : +30 %, −20 %, +15 %, −10 %, +22 %. Le second : +8 % chaque année, sans exception. Le premier vous a fait passer 3 fois par la case « pertes » pendant que votre argent était bloqué. Le second, jamais. Et si vous aviez eu besoin d’un déblocage exceptionnel lors d’une mauvaise année, vous auriez vendu à perte. Quand on ne peut pas changer d’avis, la régularité vaut de l’or.

Ce que dit l’étude sur 586 fonds du marché de l’épargne salariale

La société de gestion Eres vient de publier son baromètre « Argus des FCPE », une analyse de 586 fonds d’épargne salariale gérés par 37 sociétés, via les données MorningStar. Le verdict est sans appel. Les fonds actions ont été positifs dans presque 10 cas sur 10 sur 5 ans (96,8 %). Les fonds diversifiés dans 8 cas sur 10 (80 %). Les fonds obligataires dans à peine 1 cas sur 2 (55 %). Et les fonds monétaires, que beaucoup choisissent parce qu’ils ont l’air « sans risque », dans seulement 3 cas sur 10 (28,2 %).

Cette dernière statistique mérite qu’on s’y arrête. Beaucoup de salariés placent leur épargne sur des fonds monétaires pour éviter le stress. Sauf que sur la durée, leur argent a fondu dans 7 cas sur 10, rongé par l’inflation. L’impression de sécurité peut coûter très cher.

Côté fonds actions, le message est contre-intuitif : malgré la pandémie de 2020, la guerre en Ukraine en 2022 et les tensions commerciales de Trump en 2025, ces fonds ont tenu bon dans presque tous les cas sur 5 ans. Comme le résume Gaël Gilbert, Directeur de la gestion chez Eres Gestion : « La patience reste la meilleure des stratégies. »

Tous les fonds ne se valent pas

L’étude révèle aussi des écarts importants entre sociétés de gestion au sein d’une même catégorie. Sur les fonds obligataires par exemple, Eres Gestion affiche une fréquence de gain de 76,1 % contre 55 % pour la moyenne du marché — soit +21 points d’écart. Sur les fonds monétaires, l’écart est de +17 points. Preuve que le choix du gérant compte autant que la catégorie du fonds.

Les 4 questions à se poser avant de cocher une case

Combien de temps mon argent sera-t-il vraiment bloqué ? 5 ans minimum pour le PEE, jusqu’à la retraite pour le PERECO. Plus l’horizon est long, plus vous pouvez vous permettre des fonds actions.

Est-ce que je risque d’avoir besoin de débloquer de façon anticipée ? Achat de résidence principale, mariage, naissance, chômage… Si un déblocage est probable, choisissez des fonds stables. Un fonds en baisse au mauvais moment, ça pique.

Ce fonds a-t-il tenu bon lors des crises récentes ? Covid, remontée des taux, tensions Trump : trois chocs en 5 ans. La fréquence de gain résume tout ça en un seul chiffre.

Est-ce que je mets tous mes œufs dans le même panier ? Un mix fonds actions et fonds diversifiés est souvent plus robuste qu’un tout-obligataire ou un tout-monétaire sur 5 ans.

La fréquence de gain est un indicateur basé sur des performances passées et ne préjuge en rien des performances futures. L’investissement en épargne salariale comporte un risque de perte en capital. Source : Baromètre Argus des FCPE – Eres Gestion / MorningStar, données au 31/12/2025.

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