Après avoir perdu plus de 50 % depuis ses sommets d’octobre, le bitcoin divise. Pour les uns, c’est la fin d’un mirage spéculatif. Pour les autres, c’est précisément le moment d’y investir en 2026. Décryptage d’un actif qui fait désormais office de valeur refuge, avec Alexandre Baradez, analyste en chef chez IG Markets.
📌 Sommaire
- Le paradoxe du bitcoin : personne n’en veut quand c’est le moment
- Des signaux de résilience malgré les vents contraires
- Ce qui pourrait relancer la machine
- Or vs bitcoin : le grand basculement ?
- Quelle allocation crypto pour votre portefeuille ?
- Concrètement, comment s’y prendre ?
1. Le paradoxe du bitcoin : personne n’en veut quand c’est le moment
C’est un paradoxe bien connu des marchés : quand le bitcoin culminait à plus de 126 000 dollars en octobre 2025, tout le monde en voulait. Les prédictions les plus folles circulaient — 150 000, 200 000 dollars. Aujourd’hui qu’il évolue autour de 60 000 dollars, plus personne n’en parle.
« C’est souvent quand on parle moins d’un actif, parce qu’il a beaucoup corrigé, que l’attractivité est là », résume Alexandre Baradez, analyste en chef chez IG Markets, que nous avons interrogé pour mylittlemoney.
Le constat est sans appel : le bitcoin a perdu plus de 50 % en quelques mois, entraînant dans son sillage l’ensemble du marché crypto. Une correction brutale, mais loin d’être inédite pour cet actif habitué aux cycles extrêmes. On se souvient de la correction de 2021-2022, qui avait vu le bitcoin fondre de plus de 80 % depuis ses sommets.
Et un détail retient l’attention : les cryptos ont commencé à décrocher dès octobre 2025, bien avant les actions américaines qui n’ont fléchi qu’en février-mars sous l’effet du conflit iranien. Un schéma déjà observé lors du cycle précédent : les cryptos corrigent en éclaireurs, les actions suivent.
2. Des signaux de résilience malgré les vents contraires
Dans un contexte où tout plaidait pour une chute supplémentaire — pétrole en hausse de 40 %, tensions géopolitiques accrues, dollar fort, remontée des taux longs américains et européens — le bitcoin a pourtant tenu ses positions. Il n’a pas cassé ses planchers de février.
Pour Alexandre Baradez, c’est « une petite preuve de résilience ». Selon lui, ce phénomène s’explique en partie par des stratégies de rotation : des investisseurs vendaient l’or — qui avait été multiplié par cinq en trois ans — pour repositionner une partie de leurs liquidités sur le bitcoin.
Cette résilience s’explique aussi par une mutation de fond. En quelques années, le bitcoin est passé d’un actif de geeks à un instrument intégré dans les stratégies de family offices et de gérants institutionnels. Simon Peters, analyste chez eToro, souligne que les ETF spot américains ont enregistré 763 millions de dollars d’entrées nettes en une seule semaine, preuve que les flux institutionnels restent solides.
📊 Le chiffre clé : Plus de 95 % des 21 millions de bitcoins prévus sont déjà en circulation. Le 20 millionième bitcoin a été miné en mars 2026. Le million restant ne sera extrait que d’ici 2140. Une rareté programmée qui nourrit sa comparaison avec l’or.
3. Ce qui pourrait relancer la machine
Le choc iranien, un accélérateur paradoxal
Le conflit iranien joue un rôle ambigu. D’un côté, la flambée du pétrole et des taux pèse sur les actifs risqués. De l’autre, elle nourrit la crainte d’une monétisation massive des dettes publiques liées à l’effort de guerre, ce qui renforce le statut du bitcoin comme réserve de valeur à offre limitée.
Alexandre Baradez anticipe que ce choc économique pourrait contraindre la Fed à reprendre ses baisses de taux au second semestre 2026 — un scénario historiquement porteur pour le bitcoin. « Je ne pense pas que les banques centrales vont se ruer pour relever les taux parce qu’il y a un choc d’approvisionnement d’énergie. Le choc en Iran aura provoqué un stress économique, et ensuite les banques centrales devront baisser les taux », explique-t-il.
La réglementation avance (enfin)
Sur le plan réglementaire, les lignes commencent à bouger. Aux États-Unis, les autorités cherchent à clarifier la classification des cryptoactifs et la répartition des compétences entre régulateurs. À l’approche des élections de mi-mandat, la crypto pourrait redevenir un argument politique porteur, comme lors de la présidentielle.
En Europe, l’entrée en vigueur du règlement MiCA a posé les bases d’un environnement plus structuré. Mais le marché crypto demeure en grande partie non réglementé sur le continent, où l’offre d’ETF reste limitée et 55 % des plateformes ont été confrontées à au moins un incident de fraude en 2025, selon la plateforme spécialisée Sumsub.
La smart money entre en jeu
Selon Baradez, un autre catalyseur puissant est l’arrivée de la « smart money » — ces gérants de fonds et hedge funds qui achètent sur les niveaux actuels avec un horizon de 2 à 4 ans. « La smart money, c’est souvent la première qui rentre dans ces phases de marché bas. Et après, les particuliers et la spéculation commencent à revenir quand les premiers rebonds commencent à se mettre en place », analyse-t-il.
4. Or vs bitcoin : le grand basculement ?
On compare souvent les deux actifs, et la période récente est riche d’enseignements. L’or a multiplié son cours par cinq en trois ans, atteignant un record à 5 600 dollars avant de corriger vers 4 100 dollars. Pendant ce temps, des investisseurs ont mis en place des stratégies « long-short » : long sur l’or, short sur le bitcoin.
Mais depuis le début de la crise iranienne, un retournement s’opère. L’or a corrigé sensiblement, alors que le bitcoin est resté stable. Baradez y voit des stratégies de rotation : des investisseurs vendent l’actif qui a bien performé (l’or) pour racheter celui qui a sous-performé (le bitcoin).
« Aujourd’hui, je remettrais une partie crypto », tranche Alexandre Baradez. « L’or a connu un rallye pluriannuel depuis 2022. Les cryptos, vu le degré de baisse, me paraissent un peu plus intéressantes d’un point de vue tactique et spéculatif. »
5. Quelle allocation crypto pour votre portefeuille ?
Attention cependant : le bitcoin reste extrêmement volatil, sans rendement intrinsèque — ni coupon, ni dividende. Simon Peters, analyste chez eToro, rappelle que si les prix du pétrole restent élevés et que la Fed adopte un ton restrictif, les cryptoactifs pourraient subir une nouvelle vague de ventes.
L’allocation recommandée par Alexandre Baradez est pragmatique :
| Actif | Allocation classique | Allocation proposée |
| 🥇 Or | 5 % | 3 % |
| ₿ Crypto (BTC, ETH…) | 0 % | 2 à 2,5 % |
| Total « actifs refuges » | 5 % | 5 à 5,5 % |
« Il faut quand même avoir une petite conviction personnelle que les actifs cryptos sont là pour rester », prévient Baradez. Autrement dit, le bitcoin à 60 000 dollars est peut-être une affaire. Mais surtout une affaire de convictions.
6. Concrètement, comment s’y prendre pour investir dans le bitcoin en 2026 ?
Alexandre Baradez recommande de se concentrer sur les dix plus grosses cryptomonnaies par capitalisation (hors stablecoins), qui représentent plus de 80 % du marché total. « C’est un peu comme si on avait un ETF. On prend les dix plus grosses, on se laisse porter », résume-t-il.
Plateforme ou ETF ?
En Europe, l’offre d’ETF crypto reste limitée — il n’existe pas encore de produit couvrant les dix principales cryptomonnaies, contrairement aux ETF S&P 500 ou CAC 40 classiques. Pour Baradez, la solution la plus avantageuse reste l’achat direct sur une plateforme régulée en Europe, qui évite les frais de gestion et le risque de change lié aux ETF américains libellés en dollars.
Et les stablecoins ?
Pour un investisseur classique, les stablecoins n’ont pas grand intérêt en tant que placement : leur valeur est arrimée à une devise (dollar, euro). Ils sont en revanche utiles pour les transactions transfrontalières rapides et peu coûteuses, y compris le week-end.
✅ L’essentiel à retenir pour investir dans le bitcoin
• Le bitcoin a perdu plus de 50 % depuis octobre 2025, mais montre des signaux de résilience.
• Les catalyseurs : possible baisse de taux de la Fed au S2, rotation or/bitcoin, cadre réglementaire en progrès.
• Allocation suggérée : 2 à 2,5 % de crypto + 3 % d’or dans un portefeuille diversifié.
• Privilégier les 10 plus grosses cryptos (hors stablecoins) via une plateforme régulée.
• Ne jamais investir sans conviction personnelle sur l’avenir des cryptoactifs.
