Votre adresse perso, votre date de naissance, vos coordonnées bancaires… Tout ça peut être en accès libre sur internet sans que vous le sachiez. On vous explique pourquoi, et surtout comment reprendre le contrôle.
Ce que les sites gratuits révèlent sur vous
Vous êtes associé ou dirigeant d’une société ? Il y a de fortes chances que des informations très personnelles vous concernant soient accessibles en quelques clics, gratuitement, par n’importe qui. C’est le constat dressé par Karine Lecocq, ingénieure patrimoniale chez Lazard Frères Gestion, dans une tribune publiée en mars 2026.
Des sites comme Pappers.com ou Societe.ninja mettent à disposition du public des documents légaux collectés par les greffes des tribunaux de commerce : statuts de sociétés, procès-verbaux, comptes annuels. Jusque-là, rien d’anormal. Sauf que ces documents contiennent parfois bien plus que des informations administratives : adresses personnelles des associés, dates et lieux de naissance, statut matrimonial, et même des coordonnées bancaires complètes.
Pire : des annexes comme les actes de donation-partage peuvent détailler les noms et adresses des enfants, les actifs transmis et les montants concernés. Des SCI familiales révèlent parfois l’adresse exacte du bien détenu et sa valeur d’acquisition. Le tout accessible librement depuis la loi du 6 août 2015, sans avoir à justifier d’un motif.
Dans un contexte où les usurpations d’identité, les fraudes bancaires et les cambriolages ciblés se multiplient, le risque est réel. La bonne nouvelle, c’est qu’un décret du 22 août 2025 permet désormais de faire occulter ses adresses personnelles et de rendre confidentielles les pièces jointes déposées au greffe.
Le fisc aussi scrute vos traces numériques
L’exposition numérique ne concerne pas que les fraudeurs potentiels. L’administration fiscale aussi s’y intéresse, et elle dispose d’outils de plus en plus puissants.
Un premier dispositif, issu de la loi de finances pour 2020 et prolongé jusqu’à fin 2026, autorise la collecte automatisée de tout contenu rendu public par les contribuables sur internet — y compris sur des plateformes nécessitant une inscription. Photos, textes, vidéos, métadonnées de géolocalisation : tout est opposable en cas de redressement.
Un second dispositif, plus intrusif, permet à des agents spécialement habilités de mener des enquêtes sous pseudonyme et d’accéder à des contenus non publics. Il est limité à des infractions précises : comptes non déclarés à l’étranger, trusts non déclarés, activités occultes.
Pour protéger vos données, les démarches passent par le Guichet unique procedures.inpi.fr pour les documents de société, et par une demande directe auprès des sites concernés pour les données personnelles, avec un recours possible auprès de la CNIL en cas de refus. Les droits de rectification et d’effacement sont garantis par le RGPD. Mais encore faut-il savoir qu’on est exposé. Premier réflexe : tapez votre nom dans un moteur de recherche. Vous pourriez avoir des surprises.