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Bonjour, Police ! Vos identifiants s’il-vous plait !

Si, comme, moi vous oubliez systématiquement tous vos identifiants. Si votre boîte mail est bourrée de mails de réinitialisation de codes en tout genre, une nouvelle loi va venir sérieusement vous compliquer la vie !

Car dans le cadre de la loi sur la sécurité, les députés ont voté des mesures de contrôle et de surveillance individuelles. Et parmi elles, l’obligation pour une personne au « comportement suspect » de fournir l’intégralité de ses identifiants numériques aux autorités administratives.

Banque, Mutuelles, Netflix, boite mail, sécurité sociale, Amazon, Le bon coin, Icloud, etc … Cela va pas être facile de tous les retrouver.

Et pourtant le moindre oubli sera lourdement sanctionné : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende.

Alors cette loi est-elle, comme le hurlent beaucoup d’associations, liberticide ? « Pas du tout », car selon Gérard Colomb, le ministre de l’intérieur, « Il ne s’agit pas de fournir ses « mots de passe » mais seulement ses « identifiants »

Dans son rapport, le rapporteur du texte à la Commission des lois, Raphaël Gauvain (LREM), avait même tenté de nous rassurer : « Cela ne permet pas, en soi, à l’autorité administrative d’avoir directement accès aux contenus stockés dans les terminaux téléphoniques ou numériques, puisque la communication des mots de passe est expressément exclue. En revanche, ces informations sont très utiles aux services de renseignement et visent à éviter qu’une personne (…) modifie son abonnement téléphonique ou Internet, empêchant ainsi lesdits services de poursuivre la surveillance qu’ils ont été autorisés à mettre en place ».

Bon en même temps, avec l’identifiant, réinitialiser tous les mots de passe sur une boîte mail ou sur un téléphone est un jeu d’enfant. D’ailleurs dans la plupart des familles, ce sont les ados qui sont chargés de retrouver les mot de passe oublié de leurs grands-parents, voire de leur parents ! Et Je sais de quoi de parle !

En fait, c’est pas vraiment une nouveautés puisque la loi sur le renseignement prévoit déjà depuis le 24 juillet 2015 une armada de mesures pour « récupérer les identifiants techniques de connexion, sous le contrôle de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement ou du juge administratif, qu’il s’agisse de l’accès aux données de connexion (article L. 851‑1 du Code de la Sécurité intérieure) ou du recueil en temps réel des données de connexion (article L. 851‑2 du Code de la Sécurité intérieure) ».

Alors évidemment, cette mesure ne s’adresse pas à la bonne Madame Michu, qui n’a rien à se reprocher, elle. Encore que…

Non, cette contrainte pèsera sur la personne « à l’égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre publics ». Et pour éviter le délit de « sale gueule », il faudra aussi que les autorités démontrent que celle-ci est entrée « en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme » ou bien a soutenu, diffusé, ou adhéré « à des thèses incitant à la commission d’actes de terrorisme ou faisant l’apologie de tels actes ». Mme Michu peut dormir sur ses deux oreilles…

 

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Jean-Jacques Manceau

Jean-Jacques Manceau est diplômé d’un DEA d’Etudes politiques de Lille 2. Il commence sa carrière de journaliste à la Voix-du-Nord et à l’Etudiant avant de se spécialiser dans l’économie et la finance. D’abord au Revenu puis à Capital. Il devient rédacteur en chef à l’Expansion en 2002. Spécialiste en stratégie d'entreprise, il écrit en 2010 un ouvrage sur « Le Club Med, réinventer la machine à rêve ». En 2012, il s’oriente dans la communication en devenant Directeur de la communication externe d'une multinationale du sport. Il est aujourd'hui auteur et éditorialiste.

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