Publié le 13 mars 2026 — MyLittleMoney

L’or est censé monter en temps de guerre. Pourtant, depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran le 28 février 2026, le métal jaune recule. À plus de 5 100 $ l’once, l’or reste sur des niveaux historiques, mais la tendance de ces deux dernières semaines est clairement baissière. Comment expliquer ce comportement contre-intuitif de la valeur refuge par excellence ?


L’or en repli alors que le monde s’enflamme : un vrai paradoxe ?

Depuis le lancement des opérations Epic Fury (côté américain) et Roaring Lion (côté israélien), le Moyen-Orient traverse l’une de ses crises les plus graves depuis des décennies. Fermeture du détroit d’Ormuz, pétrole au-dessus des 90 $ le baril, perturbation massive des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales… Tous les ingrédients semblent réunis pour propulser l’or vers de nouveaux sommets.

Et pourtant, c’est l’inverse qui se produit. Le cours de l’once oscille sous les 5 100 $ après avoir flirté avec les 5 400 $ fin janvier. Loin d’être un simple hasard, cette correction s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs de marché bien identifiés.


1. Le dollar se renforce et pèse sur l’or

C’est le premier mécanisme à comprendre. En période de tensions géopolitiques majeures, le dollar américain joue lui aussi le rôle de valeur refuge. Et dans cette course à la sécurité, c’est le billet vert qui prend l’avantage à court terme.

Depuis le début du conflit, l’indice du dollar (DXY) s’est sensiblement renforcé face aux autres devises majeures. Or, l’or étant coté en dollars, un dollar fort rend mécaniquement le métal jaune plus cher pour les acheteurs internationaux, ce qui freine la demande et pèse sur les cours.

À retenir : Dollar fort = or sous pression. C’est une relation historique que les investisseurs connaissent bien.


2. La flambée du pétrole fait remonter les taux américains

La guerre en Iran a provoqué un choc pétrolier majeur. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) évoque la plus grande perturbation de l’offre de pétrole de l’histoire, avec une production mondiale qui pourrait chuter de 8 millions de barils par jour en mars.

Conséquence directe : les prix de l’énergie alimentent les craintes inflationnistes. Le taux américain à 10 ans a bondi de plus de 30 points de base depuis début mars pour atteindre environ 4,23 %. Les investisseurs anticipent désormais que la Fed va devoir patienter plus longtemps avant de reprendre ses baisses de taux directeurs.

Pour l’or, c’est un facteur défavorable. Le métal jaune ne verse aucun rendement, et quand les taux montent, les obligations redeviennent plus attractives en comparaison. Les marchés ne voient désormais quasiment aucune chance de baisse de taux lors de la prochaine réunion de la Fed, et seulement 70 % de probabilité d’un assouplissement d’ici la fin de l’année.


3. Des liquidations forcées pour couvrir d’autres positions

C’est un phénomène moins visible mais tout aussi puissant. L’or s’est considérablement apprécié ces dernières années, passant de moins de 2 000 $ l’once en 2022 à plus de 5 000 $ aujourd’hui. Beaucoup de fonds d’investissement et de hedge funds détiennent des positions importantes sur le métal jaune.

Quand les marchés actions deviennent très volatils — comme c’est le cas depuis le début du conflit — ces fonds ont besoin de générer de la liquidité pour répondre aux appels de marge sur leurs positions en actions. Ils se tournent alors vers leurs actifs les plus performants et les plus liquides… dont l’or fait partie.

Ce mécanisme de « vente forcée » crée une pression baissière temporaire sur le cours de l’or, indépendamment de ses fondamentaux.


4. Le fameux « sell the news » : quand le risque est déjà dans les prix

C’est peut-être la raison la plus importante à long terme. L’or a été massivement acheté depuis 2022 pour se protéger contre les risques géopolitiques : guerre en Ukraine, tensions sino-américaines, instabilité au Moyen-Orient, risque nucléaire iranien…

Quand ces risques se matérialisent concrètement — comme c’est le cas avec l’intervention militaire en Iran — ils ont déjà été largement anticipés et intégrés dans les prix par les marchés. On parle de « sell the news » : acheter la rumeur, vendre la nouvelle.

Ce phénomène est classique et régulièrement observé sur tous types de marchés. Les investisseurs qui avaient accumulé de l’or en prévision d’un tel scénario peuvent décider de prendre leurs bénéfices une fois l’événement survenu.


Et maintenant ? Faut-il s’inquiéter pour l’or ?

À court terme, si le conflit se prolonge en Iran — ce qui semble probable au vu de la résolution affichée par le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei et de l’absence de perspective de cessez-le-feu immédiat — l’or pourrait poursuivre sa phase de consolidation baissière.

Cependant, les facteurs de soutien structurels restent bien présents : les banques centrales continuent d’accumuler de l’or (la Chine maintient sa série d’achats), l’inflation persiste, la confiance dans les actifs en dollars s’érode progressivement, et l’instabilité géopolitique mondiale ne montre aucun signe d’apaisement.

Plusieurs analystes estiment que si les tensions persistent et que la demande institutionnelle se maintient, l’or pourrait viser les 5 500 à 6 000 $ dans les mois à venir, voire davantage en cas de prolongement du conflit.


Ce qu’il faut retenir

La correction actuelle de l’or n’est pas un signal de faiblesse fondamentale du métal jaune. Elle s’explique par quatre mécanismes de marché bien connus :

  • Le renforcement du dollar comme valeur refuge concurrente
  • La hausse des taux obligataires alimentée par le choc pétrolier
  • Les liquidations de portefeuilles pour couvrir d’autres positions
  • Le « sell the news » après des années d’anticipation du risque géopolitique

Pour les investisseurs de long terme, cette phase de consolidation peut même représenter une opportunité d’entrée progressive sur le métal jaune, à condition de garder en tête que la volatilité restera élevée tant que le conflit perdurera.


Cet article s’appuie sur une analyse d’Alexandre Baradez, responsable de l’analyse marché chez IG France. Les informations présentées ne constituent pas un conseil en investissement.


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