Les Français épargnent comme jamais : pourquoi un tel record ?

Un taux d’épargne à 18 % : du jamais-vu depuis des décennies

En 2025, les ménages français mettent de côté 18 % de leur revenu disponible brut, soit trois points de plus qu’avant la crise Covid. Le patrimoine total — financier et immobilier — dépasse désormais les 6 500 milliards d’euros, l’équivalent de plus de huit années de revenus. La France se place parmi les champions européens de l’épargne.

Les ressorts de cette frénésie d’épargne

Derrière ce chiffre record, ce n’est pas un seul facteur, mais une convergence de pressions :

  • L’inflation persistante qui érode le pouvoir d’achat et pousse à constituer des réserves.
  • Les tensions géopolitiques et la volatilité énergétique, sources d’incertitude chronique.
  • La fragilité des finances publiques françaises, qui alimente le doute sur la pérennité des prestations sociales.
  • Le vieillissement démographique : les 50-70 ans, souvent propriétaires et libérés de leurs crédits, concentrent l’essentiel du patrimoine. La société se « patrimonialise ».

7 Français sur 10 épargnent… mais pas de la même façon

L’enquête 2025 du Cercle de l’Épargne est sans ambiguïté : épargner est une norme culturelle en France. Sept Français sur dix déclarent mettre régulièrement de l’argent de côté. Pourtant, la réalité est bien plus nuancée. La grande majorité se cantonne au Livret A et aux dépôts bancaires. Seule une minorité — généralement les ménages les plus aisés et les mieux informés — accède aux placements diversifiés et réellement rémunérateurs. La démocratisation de l’épargne financière reste un chantier immense, surtout pour les jeunes actifs et les ménages modestes.

À retenir : L’épargne des Français n’est pas qu’un « matelas de sécurité » individuel. Elle finance l’État, les entreprises et l’économie réelle. C’est aussi pour cette raison que le législateur a finalement renoncé à la taxer davantage.

Assurance vie : le placement préféré des Français se réinvente

2 100 milliards d’euros : le poids colossal de l’assurance vie

Avec un encours dépassant 2 100 milliards d’euros, l’assurance vie reste de très loin le premier produit d’épargne en France. Le Cercle de l’Épargne la qualifie de véritable « couteau suisse » : enveloppe fiscale avantageuse, outil de transmission, support d’épargne longue et instrument de prévoyance, le tout dans un seul produit.

Les fonds en euros résistent, mais perdent du terrain

Les fonds en euros — garantis en capital — représentent encore 72 % de l’encours total en 2025. Mais la donne change. Après une décennie de taux bas qui a comprimé leurs rendements, les assureurs poussent activement les épargnants vers d’autres supports. Les contraintes prudentielles renforcent cette tendance : les fonds en euros mobilisent plus de fonds propres que les unités de compte.

La montée en puissance des unités de compte

Les unités de compte (UC) captent désormais près de 40 % de la collecte annuelle. Elles donnent accès à un univers d’investissement considérablement élargi : actions, obligations, immobilier (SCPI, OPCI), ETF, fonds thématiques (défense, IA, transition énergétique, ISR)…

Ce basculement traduit un vrai changement de mentalité : les épargnants français ne renoncent pas à la prudence, mais acceptent de prendre une part mesurée de risque, surtout lorsqu’ils sont accompagnés par une gestion pilotée ou des outils d’intelligence artificielle. Les plus jeunes, natifs du numérique, sont les premiers convertis.

À retenir : L’assurance vie reste un géant, mais c’est un géant en pleine métamorphose. Le défi des assureurs : garder la confiance des épargnants prudents tout en captant les flux vers les UC et la gestion pilotée.

PER : le plan d’épargne retraite décolle (et ce n’est que le début)

Plus de 12 millions de détenteurs, 130 milliards d’encours

Le Plan d’Épargne Retraite (PER), né de la loi PACTE en 2019, est le phénomène le plus marquant de ces dernières années dans l’épargne française. Plus de 12 millions de Français en détiennent au moins un (individuel ou collectif), pour un encours qui dépasse 130 milliards d’euros.

L’angoisse retraite, moteur n°1

Le carburant de ce succès est clair : plus de 70 % des actifs estiment que leurs futures pensions ne leur permettront pas de vivre correctement. Plus d’un Français sur deux épargne spécifiquement pour sa retraite. L’avantage fiscal — déductibilité des versements du revenu imposable — fait le reste, en particulier pour les indépendants et les cadres supérieurs.

La simplification apportée par la loi PACTE a été décisive. Fini le maquis des anciens dispositifs (PERP, Madelin, PERCO, article 83) : le PER offre un cadre unique, lisible, avec la possibilité de sortir en capital ou en rente.

Un basculement culturel chez les jeunes

Fait majeur révélé par l’enquête 2025 : 62 % des Français estiment qu’il faut commencer à épargner pour la retraite avant 35 ans, et 54 % des 18-25 ans jugent nécessaire de s’y mettre avant 30 ans. La capitalisation, longtemps tabou dans un pays attaché à la répartition, est désormais acceptée par les plus jeunes. Le Cercle parle d’un « basculement culturel majeur ».

À retenir : Le PER transforme l’épargne des ménages en épargne longue, dont l’économie a cruellement besoin pour financer la réindustrialisation et la transition énergétique. Mais il ne tiendra ses promesses qu’à une condition : la stabilité du cadre fiscal. Chaque changement de règle provoque un gel des versements et une perte de confiance.

Cryptos, ETF, néobanques : les jeunes changent les règles du jeu

1,5 million de nouveaux investisseurs en 5 ans

Entre 2020 et 2025, la Bourse française a vécu un rajeunissement sans précédent. Plus de 1,5 million de nouveaux investisseurs particuliers se sont lancés sur les marchés. Les moins de 35 ans représentent désormais 38 à 40 % des investisseurs actifs, contre 28 % seulement en 2020.

Leur profil ? Comptes en ligne, néobanques, applications sur smartphone. Leur préférence ? Les ETF (fonds indiciels cotés) — simples, transparents, peu chargés en frais. Leur méthode ? Gestion automatisée, robo-advisors, intelligence artificielle. Un rapport à l’investissement plus direct, plus décomplexé, nourri par les réseaux sociaux et les contenus financiers en ligne.

Les cryptoactifs : un fait culturel plus qu’un placement de masse

En 2025, environ 12 % des ménages français détiennent des cryptoactifs (contre 21 % aux États-Unis). Près de 30 % des moins de 35 ans en possèdent ou en ont possédé. Pour la majorité, c’est un investissement marginal (moins de 10 % de l’épargne totale).

Mais la crypto est avant tout un fait culturel : promesse de gains rapides, rejet des banques traditionnelles, sentiment d’appartenance communautaire. Seuls 21 % des Français trouvent les cryptos « intéressantes », mais ce chiffre grimpe à 36 % chez les 18-24 ans et tombe à 13 % chez les plus de 65 ans. Le fossé générationnel est béant.

Démocratisation inachevée

Le mouvement est réel mais incomplet. La Bourse reste majoritairement masculine. La détention d’actifs risqués est toujours corrélée au revenu et à l’éducation financière. La multiplication des contenus financiers sur YouTube, TikTok et les podcasts a désacralisé l’investissement, mais avec des risques : informations approximatives, biais de survie, promotion déguisée.

À retenir : Le cadre européen MiCA devrait structurer le marché crypto, mais le vrai enjeu reste la littératie financière des jeunes investisseurs.

Distribution de l’épargne : un marché en pleine recomposition

Les bancassureurs dominent, mais pour combien de temps ?

Le marché français de la distribution d’épargne est riche en acteurs (banques, assureurs, courtiers, mutuelles, CGP, fintechs), mais la concentration s’accélère. En assurance vie, les cinq premiers acteurs captent 50 % des encours ; les dix premiers, près de 70 %. En épargne retraite, c’est encore plus marqué.

Les bancassureurs dominent le marché de masse avec environ 63 % de la collecte, grâce à leur réseau d’agences et leur capacité de multi-équipement. Les assureurs traditionnels (18 % de la collecte) ciblent la clientèle patrimoniale. Les courtiers (10-15 %) misent sur l’architecture ouverte et le sur-mesure.

Les challengers numériques grignotent des parts

Les fintechs et assureurs en ligne ne représentent encore que 4 à 5 % de la collecte, mais leur progression est constante. Leurs atouts : frais réduits, expérience utilisateur fluide, et l’arrivée de générations nativement numériques. Leur faiblesse : dès que les montants deviennent importants, les épargnants veulent un interlocuteur humain.

Les mutuelles (4-5 % du marché) gardent des atouts spécifiques — proximité, fonds en euros parfois compétitifs — mais manquent de taille et de fonds propres pour rivaliser à armes égales.

Le grand recyclage de l’épargne est en marche

Le Cercle de l’Épargne conclut sur une tendance de fond : avec la montée en âge des baby-boomers, un transfert massif de patrimoine via les successions va redistribuer les cartes. Des centaines de milliards d’euros vont changer de mains dans les prochaines années.

À retenir : La bataille de l’épargne se jouera sur trois fronts : capter les flux issus des successions, fidéliser une clientèle rajeunie, et maîtriser les coûts grâce au numérique — tout en maintenant un conseil humain de qualité sur les enjeux patrimoniaux structurants.


Source : « Les nouveaux visages de l’épargne en France », note n° 140, Le Cercle de l’Épargne, de la Retraite et de la Prévoyance, février 2026.


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One response to “Épargne des Français en 2025 : 5 tendances clés qui redessinent le paysage financier”

  1. […] investissez l’argent de votre société dans de l’immobilier sans jamais payer la flat tax, puisque vous restez dans un circuit […]

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