Après deux mois de suspension, le guichet MaPrimeRénov’ rouvre ce 23 février 2026 avec 3,6 milliards d’euros. Derrière ce budget stable, un virage radical : la France fait le pari de l’électrification du chauffage via les pompes à chaleur, au détriment de l’isolation des murs et des chaudières biomasse. Décryptage d’une réforme qui va redessiner le marché de la rénovation énergétique.


Réouverture de MaPrimeRénov’ : ce qui change en 2026

C’est un soulagement pour des millions de propriétaires et pour les artisans du bâtiment, à l’arrêt depuis le 1er janvier. Ce lundi 23 février à midi, le guichet MaPrimeRénov’ rouvre officiellement après une suspension liée au retard d’adoption du budget. La loi de finances 2026, votée le 2 février après le rejet de deux motions de censure, a permis de débloquer la situation. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun avait promis une réouverture « au plus tard dix jours après l’adoption ».

L’enveloppe est maintenue à 3,6 milliards d’euros de crédits d’État, auxquels s’ajoutent environ 500 millions d’euros issus des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), soit un total d’environ 4,1 milliards. L’Agence nationale de l’habitat (Anah) vise 150 000 rénovations par geste et 120 000 rénovations d’ampleur sur l’année.

Mais derrière la stabilité apparente des chiffres, c’est un changement de philosophie qui se joue.

Pompe à chaleur : la grande gagnante de MaPrimeRénov’ 2026

La nouveauté majeure tient en une phrase : l’État ne finance plus l’isolation des murs en tant que geste unique. Les chaudières à biomasse (bois ou granulés) sont elles aussi exclues du parcours monogeste. La priorité absolue est désormais la décarbonation du chauffage, c’est-à-dire le remplacement des chaudières au fioul et au gaz par des systèmes électriques — au premier rang desquels les pompes à chaleur.

Les aides MaPrimeRénov’ pour l’installation d’une pompe à chaleur air-eau restent très généreuses :

  • 5 000 € pour les ménages très modestes
  • 4 000 € pour les ménages modestes
  • 3 000 € pour les revenus intermédiaires

À cela s’ajoutent les primes CEE, revalorisées depuis octobre 2025, pouvant atteindre 5 800 à 7 500 € selon les profils — et accessibles sans conditions de revenus.

Combien coûte réellement une pompe à chaleur en 2026 ?

Le calcul est éloquent. Pour un ménage très modeste souhaitant installer une PAC air-eau de 10 kW (coût moyen : 15 500 € TTC), le cumul des aides peut atteindre 10 800 €, ramenant le reste à charge à environ 4 700 €. L’investissement est rentabilisé en cinq ans grâce à une facture de chauffage divisée par deux.

Pour un ménage aux revenus intermédiaires, les aides cumulées atteignent environ 7 000 €, soit un reste à charge de 7 500 €. Dans les deux cas, la pompe à chaleur s’impose comme le système de chauffage le plus rentable du marché français.

Le marché des pompes à chaleur en France : la reprise après la crise

Ce soutien massif arrive à point nommé pour une filière qui a traversé un sérieux trou d’air. Après une croissance régulière de 133 % entre 2016 et 2023, les ventes de PAC individuelles en France ont chuté de 19 % en 2024, retombant sous la barre du million d’unités. Le segment des PAC air-eau a été particulièrement touché, avec un effondrement de 40 % des ventes. La crise du logement neuf, la confusion liée aux changements incessants des règles d’aides et la suspension temporaire de MaPrimeRénov’ à l’été 2025 expliquent cette contre-performance.

Mais depuis l’automne 2025, la tendance s’est nettement inversée. Le renforcement des CEE — dont les montants ont été multipliés par 2,8 pour certains profils — et la baisse de 15 % du tarif réglementé de l’électricité en février 2025 ont provoqué un doublement des ventes depuis octobre. À l’échelle européenne, l’Association européenne des pompes à chaleur (EHPA) a enregistré une hausse de 9 % sur le premier semestre 2025, après deux années de recul.

La France reste le premier marché européen de la PAC, devant l’Italie et l’Allemagne. L’objectif gouvernemental demeure ambitieux : produire un million de pompes à chaleur par an sur le sol français d’ici 2027. Selon le cabinet Xerfi, les ventes devraient croître de 10 % par an en moyenne pour dépasser 2 millions d’unités. Pour y parvenir, la filière devra investir près de 5 milliards d’euros d’ici 2030 et recruter 50 000 salariés, dont 20 000 installateurs.

Climatisation réversible : l’outsider qui monte en puissance

Détail souvent méconnu : les pompes à chaleur air-air — autrement dit les climatisations réversibles — ne sont pas éligibles à MaPrimeRénov’, mais elles bénéficient pleinement des primes CEE. Capables de diviser par trois la consommation de chauffage d’un logement tout en offrant un confort d’été appréciable face aux canicules de plus en plus fréquentes, elles représentaient déjà plus de la moitié de la production de chaleur renouvelable issue des PAC en 2024, avec 31,6 TWh produits.

Avec le renforcement des CEE et la montée en puissance du confort thermique estival dans les critères de choix des ménages, la climatisation réversible pourrait devenir l’un des segments les plus dynamiques du marché en 2026.

Rénovation d’ampleur : pourquoi le dispositif est au point mort

Si le volet « décarbonation » de MaPrimeRénov’ 2026 affiche une ambition claire, le tableau est nettement moins reluisant du côté des rénovations d’ampleur — ces projets lourds qui cumulent isolation, ventilation et changement de chauffage pour faire gagner au moins deux classes au DPE.

L’objectif officiel de 120 000 rénovations d’ampleur pour 2026 se heurte à une réalité brutale : 83 000 dossiers déposés fin 2025 sont restés en suspens pendant la fermeture du guichet. Ils seront traités en priorité. Pour les maisons individuelles, sur un objectif annuel de 52 000 logements, environ 45 000 dossiers en attente concernent déjà ce segment — laissant une marge quasi nulle pour les nouvelles demandes.

Les délais d’instruction, déjà supérieurs à six mois pour les rénovations d’ampleur et à trois mois pour les gestes isolés, risquent de s’allonger encore. Hello Watt, l’un des principaux acteurs du secteur, va jusqu’à déconseiller aux particuliers de s’engager aujourd’hui dans ce parcours.

Autre nouveauté : un rendez-vous obligatoire avec un conseiller France Rénov’ est désormais imposé avant le dépôt de toute demande de rénovation d’ampleur. L’objectif affiché est de sécuriser les parcours et de lutter contre la fraude, qui avait conduit à la suspension estivale du dispositif en 2025. 614 espaces France Rénov’ sont déployés sur le territoire.

Passoires thermiques : le calendrier des interdictions de location

L’enjeu de la rénovation énergétique dépasse largement le cadre des subventions. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G au diagnostic de performance énergétique ne peuvent plus être mis en location. Environ 1,9 million de biens sont concernés. L’interdiction s’étendra aux logements classés F au 1er janvier 2028, puis aux E en 2034, conformément à la loi Climat et Résilience du 22 août 2021.

Au total, les passoires thermiques représentent 5,2 millions de logements en France, soit 13,8 % du parc locatif privé. Pour les propriétaires bailleurs, l’urgence est double : se mettre en conformité sous peine de ne plus pouvoir louer, et profiter des aides tant qu’elles existent.

Le Sénat a toutefois tenté d’assouplir le calendrier. Une proposition de loi portée par la sénatrice centriste Amel Gacquerre, votée le 1er avril 2025, prévoit des dérogations en cas d’impossibilité technique, de refus de travaux par la copropriété, ou de chantier en cours. Le texte doit encore être examiné par l’Assemblée nationale.

Isolation des murs et des combles : quelles aides restent disponibles ?

L’exclusion de l’isolation des murs de MaPrimeRénov’ en monogeste ne signifie pas la fin de toute aide. Les CEE continuent de financer ces travaux : de 650 à 2 000 € selon les revenus du ménage pour une isolation des murs, et des montants comparables pour l’isolation des combles — un geste considéré par les professionnels comme le plus rapidement rentabilisé de toute la palette de travaux.

L’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ), pouvant atteindre 50 000 €, reste également mobilisable pour financer une rénovation globale incluant l’isolation, indépendamment du calendrier budgétaire de MaPrimeRénov’.

En 2026, les CEE ont d’ailleurs été renforcés et réorientés pour financer en priorité l’électrification des usages : pompes à chaleur, mais aussi mobilité électrique. Cette mutualisation croissante — environ 1 milliard d’euros de CEE intégrés au budget global — permet à l’État de maintenir le niveau d’aides affiché tout en réduisant sa contribution directe.

Flexibilité électrique : le prochain grand défi énergétique

L’électrification massive du chauffage posera inévitablement la question de la demande en électricité. Davantage de pompes à chaleur en hiver, davantage de climatisations réversibles en été : la courbe de charge du réseau électrique français va se transformer profondément.

La « flexibilité électrique » — la capacité des ménages à piloter et moduler leur consommation grâce aux compteurs Linky, thermostats connectés et batteries domestiques — deviendra un enjeu central des années à venir. Pour les industriels du secteur, les fabricants de PAC, les énergéticiens et les acteurs du pilotage résidentiel, MaPrimeRénov’ 2026 ouvre un boulevard.

Reste à savoir si l’Anah et les 614 espaces France Rénov’ seront en capacité d’absorber la vague de demandes. Ou si le « stop-and-go » réglementaire, dénoncé depuis des années par l’ensemble de la filière, continuera de miner la confiance des ménages et des professionnels.


À retenir : MaPrimeRénov’ 2026 marque un tournant stratégique dans la politique de rénovation énergétique française. En concentrant les aides sur les pompes à chaleur et en excluant l’isolation des murs du parcours monogeste, l’État fait un pari clair sur l’électrification du chauffage. Un choix qui va profondément redessiner le marché de la rénovation, doper la filière des PAC et accélérer la sortie des énergies fossiles dans le résidentiel — à condition que l’appareil administratif suive le rythme.


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