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A qui profite vraiment l’abaissement de la vitesse sur les routes ?

La décision d’abaisser la vitesse sur les routes à 80 Km/h pour réduire le nombre d’accidents mortels suscite la polémique. Arthur Téo, spécialiste en stratégie d’entreprise, nous livre un éclairage intéressant sur les vraies raisons de cette décision.

 » L’une des principales raisons évoquées pour s’opposer à la nouvelle limitation de vitesse se fonde sur le fait que le passage de 90 à 80 Km/h va accroitre la dangerosité des dépassements de camions. Sans parler de la reculade du Danemark qui a décidé de remonter la vitesse maximum sur route de 80 à 90 Km/h…pour également sauver des vies.

L’autoroute plutôt que la route

Il est clair et sans ambigüité, en revanche, de constater que cette mesure va inciter les automobilistes, notamment sur les distances comprises entre 50 et 150 Km (distance où un arbitrage était naturel), à payer l’autoroute plutôt qu’à utiliser la route.

Cette situation ne pourra que booster les bénéfices d’ores et déjà mirifiques des sociétés d’autoroutes et apporter des liquidités à leurs actionnaires notamment les groupes de BTP et de gestion des infrastructures comme l’espagnol Abertis et les français Eiffage et Vinci.

Hasard du calendrier, à peine quelques semaines après la décision de réduire la limitation à 80 km/h sur les routes, les prix des péages vont augmenter de 1 à 2% à partir de ce jeudi 1er février. Et cela sur les autoroutes des trois grands réseaux (Vinci, Sanef et APRR). La hausse sera de 3 à 4% sur le réseau secondaire. La facture pour l’automobiliste devrait s’élever au bout du compte à près de 500 millions d’euros.

Les concessionnaires d’autoroute en profitent

En France, Vinci serait le principal bénéficiaire de cette baisse à 80 Km/h sur route. A lui seul, il gère 4.500 kilomètres d’autoroutes payantes sur les quelques 9.000 kilomètres qui maillent le territoire français. Rien que sur l’année 2016, l’Ebitda (bénéfice avant impôts, intérêts de la dette et amortissements) de Vinci autoroutes s’élevait à 3,7 milliards d’euros (+ 5,3% par rapport à 2015). Une vraie cash machine !

Aussi, ce coup de pouce du gouvernement arrive à point nommé. Au moment même, où il décide d’abandonner le projet de construction du nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Car cette décision touche de plein fouet… Vinci. En effet, le groupe de BTP avait signé en 2010 un contrat de 55 ans pour exploiter les actuels aéroports de Nantes Atlantique et de Saint-Nazaire, construire et gérer le nouvel aéroport de Notre-Dame-des Landes. Et complique la situation du gouvernement qui devra verser des indemnités de plusieurs centaines de millions d’euros pour non-respect du contrat signé.

Le «passage à 80 Km/h» devient alors un argument de choc, un ticket gagnant, pour apaiser la colère de Vinci et faciliter les pourparlers sur le montant de l’indemnité à payer. Bref, limiter la facture et boucler le dossier de Notre-Dame-des-Landes de la meilleure façon possible.

Arthur Téo, spécialiste en stratégie d’entreprise
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Jean-Jacques Manceau

Jean-Jacques Manceau est diplômé d’un DEA d’Etudes politiques de Lille 2. Il commence sa carrière de journaliste à la Voix-du-Nord et à l’Etudiant avant de se spécialiser dans l’économie et la finance. D’abord au Revenu puis à Capital. Il devient rédacteur en chef à l’Expansion en 2002. Spécialiste en stratégie d'entreprise, il écrit en 2010 un ouvrage sur « Le Club Med, réinventer la machine à rêve ». En 2012, il s’oriente dans la communication en devenant Directeur de la communication externe d'une multinationale du sport. Il est aujourd'hui auteur et éditorialiste.

3 thoughts on “A qui profite vraiment l’abaissement de la vitesse sur les routes ?

  1. J ai eu cette reflexion de bon sens qui se trouve argumentée par votre propos. Que peut-on faire de cette »info » si ce n’est la répandre largement ….et s’indigner une fois de plus en avalant des couleuvres de plus en plus indigestes !!

  2. Je suis convaincu de cela depuis l’annonce de cette décision, Mais ce qui me surprend le plus c’est de ne jamais entendre parler de cet angle de vue sur les ondes ou chaînes TV.

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