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Pourquoi la fin des pièces de monnaie de 1 et 2 centimes va faire flamber les prix

Le gouvernement réfléchit à supprimer les pièces de monnaie de 1 et 2 centimes. Une mesure qui peut rapporter gros mais qui risque de faire flamber les prix. Explications.

Après l’avoir fait « fuiter » dans la presse, le syndicat Solidaires finances publiques a donc publié le rapport du Comité d’action publique (CAP) 2022, qui regroupe l’ensemble des propositions et mesures préconisées par la quarantaine de membres du Comité, visant à « réinventer le service public pour mieux servir ».

Parmi les 23 blocs de mesures, une devrait particulièrement toucher notre porte-monnaie : la suppression des pièces de monnaie de 1 et 2 centimes d’euro. « On pourrait commencer à court terme par mettre fin à la circulation des pièces de 1 et 2 centimes, comme cela a été fait dans certains pays d’Europe », note le rapport.

La mesure est d’ailleurs préconisée « à court terme ». Il s’agirait d’une première étape vers le « zéro cash », qui permet de mieux lutter contre la fraude fiscale.

La France n’est pas la seule à réfléchir à ce sujet. La Finlande, l’Irlande  et les Pays-Bas ont déjà arrêté de fabriquer les pièces de monnaie de 1 et 2 cents pour leur marché intérieur.

En Belgique, la porte-parole du Ministre de l’économie a indiqué envisager actuellement de mettre fin aux pièces de 1 et 2 centimes. La Belgique travaille sur le sujet depuis 2014, date à laquelle il est possible pour les commerçants d’arrondir le montant final des achats à 5 centimes. Mais beaucoup ne pratiquent pas encore cette action par crainte des réactions négatives des acheteurs.

Ces petites pièces de monnaie qui restent dans les cartons

Au Royaume-Uni, la suppression des petites pièces d’un et deux pennies est aussi dans les cartons depuis longtemps.

Mais chaque consultation du gouvernement britannique suscite une levée de boucliers, faisant craindre une hausse des prix et un manque à gagner pour les associations caritatives. Les piécettes de cuivre, qui valent respectivement un centième et un cinquantième de livre sterling, sont chères à produire alors qu’elles sont peu utilisées et engendrent souvent une épargne involontaire, reléguées dans les tirelires, indiquait le gouvernement dans sa consultation portant sur la place des paiements numéraires et numériques dans l’économie du futur.
« Des études montrent que six pièces de 1 et 2 pences sur dix sont utilisées dans une seule transaction avant de sortir de la circulation. Elles sont économisées ou jetées dans 8 % des cas », a-t-il expliqué tout en soulignant que leur coût de fabrication et de distribution était identique à celui des pièces d’une valeur faciale plus élevée.

Pour beaucoup d’experts, la suppression des petites pièces à un léger effet inflationniste. Et certains au gouvernement redoutent une nouvelle polémique sur la hausse des prix engendrée par cette mesure. A l’image des débats sur la hausse des prix qui ont eu lieu après le passage à l’euro. Et qui perdure d’ailleurs.

Dans une interview donnée à Europe 1, en octobre 2015, Christophe Beaux, le P.-D.G. de la Monnaie de Paris, avait souligné que si ces pièces sont enlevées, les prix vont être arrondis à l’unité supérieure et la population va ressentir une hausse des prix. Une pièce de 1 centime d’euros coûte 1,2 centime, en France, au moment de la production.

Créer une pièce de monnaie de 5 euros

À l’époque, cet expert proposait une mesure plus efficace : remplacer les billets de 5 euros par des pièces. Les billets de 5 euros doivent être changés en moyenne tous les 6 mois car ils s’usent vite. En remplaçant les billets de 5 euros par des pièces, la zone euro pourrait économiser près de 10 milliards d’euros sur 40 ans.

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Jean-Jacques Manceau

Jean-Jacques Manceau est diplômé d’un DEA d’Etudes politiques de Lille 2. Il commence sa carrière de journaliste à la Voix-du-Nord et à l’Etudiant avant de se spécialiser dans l’économie et la finance. D’abord au Revenu puis à Capital. Il devient rédacteur en chef à l’Expansion en 2002. Spécialiste en stratégie d'entreprise, il écrit en 2010 un ouvrage sur « Le Club Med, réinventer la machine à rêve ». En 2012, il s’oriente dans la communication en devenant Directeur de la communication externe d'une multinationale du sport. Il est aujourd'hui auteur et éditorialiste.

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